Accepter de ne pas tout faire

Pourquoi faut-il réapprendre à « habiter » le temps, et à mieux choisir ses priorités ?

Le célèbre le psychiatre Christophe André, spécialiste de la méditation en pleine conscience, répond aux questions de la journaliste, Claire Chartier, rédactrice en chef à L’Express :

« Je n’ai pas le temps » : que signifie, au fond, cette expression?

– Elle signifie, très concrètement, que nous avons trop de choses à faire, car nous sommes aujourd’hui confrontés à une offre pléthorique, dans tous les domaines : loisirs, consommation, rela­tions.. . Mais nous nous mettons aussi fréquemment nous-mêmes les fers aux pieds. A force de se dire qu’il faut renta­biliser la moindre minute d’attente en consultant ses e-mails ou en passant des coups de fil, on perd en effet l’habi­tude de vivre l’ennui et les moments de non-action. La méditation est pour moi une sorte de compensation à ces carences que nous impose notre mode de vie contemporain, centré sur les pro­jets et les résultats à obtenir. Elle ré­apprend à habiter le présent. S’engager dans une sorte de course au remplissage du temps quotidien disponible est aussi, très certainement, une manière de fuir une inquiétude existentielle – la peur de la mort.

Sommes-nous devenus intolérants à l’attente?

– Je le pense. Dans une étude ré­cente, des chercheurs ont rassemblé un groupe de volontaires dans une même pièce pendant quinze minutes, avec pour seule « distraction » un ap­pareil distribuant de petites décharges électriques. Les deux tiers des garçons et un tiers des filles ont préféré activer la machine plutôt que de ne rien faire. Ce primat de l’expérience – même dé­sagréable – sur l’ennui est très révéla­teur de notre rapport au temps.

En quoi la perception du temps est-elle très personnelle?

-Tout est subjectif dans le cerveau humain, qu’il s’agisse de la façon dont nous percevons un sourire ou dont nous vivons la durée d’une seconde. Notre appréhension du temps est très liée à notre état émotionnel et à notre niveau d’engagement dans l’action. Le temps des malades n’est ainsi pas le même que celui des gens en bonne santé. Sur le plan neurologique, on cherche encore la nature des mécanismes qui sont à l’origine du traitement et de la mémo­risation des informations temporelles dans le cerveau. On sait que le cortex préfrontal joue un rôle dans la planifi­cation des tâches. Les individus souf­frant d’une lésion dans cette zone ont du mal à réaliser une suite d’actions programmées.

Sommes-nous trop réactifs à l’urgence?

– L’urgent l’emporte trop souvent sur ce qui est important pour soi. Remettre un travail dans les délais, faire réparer le robinet qui fuit, sont des urgences, auxquelles il faut parer très vite, sous peine de sérieux ennuis. Mais beau­coup d’autres tâches ne présentent pas ce caractère de néces­sité, alors qu’elles sont perçues comme telles. La consé­quence de cela est que l’on néglige les choses essentielles : échanger en famille, voir ou même parler avec ses amis, marcher dans la nature, dormir suffisamment, mener une activité épanouissante. A long terme, la per­sonne ressent des carences, qui peuvent aller jusqu’à ne plus apprécier la saveur de l’existence.

Comment trouver le bon rythme?

– Cela dépend beaucoup de la per­sonnalité. Nous avons tous besoin d’être sur les deux registres de l’ac­célération et de la lenteur, du contrôle et du lâcher-prise, mais pas dans les mêmes proportions. Il faut écouter ses ressentis pour trouver le point d’équilibre.

L’une des clefs consiste à hiérarchiser ses objectifs et à mieux définir de quelle manière l’on souhaite employer son temps. Mais cela impose de faire quelque chose que l’on dé­teste aujourd’hui : renoncer, accepter de ne pas tout faire. C’est une limi­tation à notre sentiment de toute-puissance. »

Christophe André est l’auteur de nombreux livres comme Le temps de méditer, L’Iconoclaste & France Inter, Paris, 2019. Il exerce à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, au sein d’une Unité de Psychothérapie Comportementale et Cognitive, spécialisée dans le traitement et la prévention des troubles émotionnels, anxieux et dépressifs. Il a été parmi les premiers médecins à proposer à ses patients des approches de méditation laïque, dès 2004.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de cet entretien dans l’Express N°3368

Pour aller plus loin,

à lire  Apprendre à lâcher prise      /       Zen attitude : du temps pour soi   

à écouter  Relaxation guidée Amener le calme        /        Méditer 3 minutes avec Christophe André

Auteur : Sylvie Pronost

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