Les deux moines

Un maître zen et son disciple, robes safran, crânes rasés, sandales aux pieds nus, voyagent ensemble. Soudain, au détour du chemin une rivière barre la route. Une femme séduisante aux vêtements coûteux est là, sur la rive.  Elle n’ose pas s’aventurer et semble attendre du secours.

Ni barque, ni passeur. Le moine le plus âgé, avec simplicité, prend la femme dans ses bras et lui fait traverser la rivière sans qu’elle se mouille le bout des souliers. Salutations polies. Le maître reprend son che­min. Le disciple suit, l’air boudeur. Long silence. Il retient autant qu’il le peut les mots qui lui rongent les sangs.

Brusquement, n’y tenant plus, il s’écrie :

– Mon maître, pardon, mais j’ai honte, dit-il enfin. Vous savez bien que les moines n’ont pas le droit de toucher aux femmes vivantes. Et vous, qu’avez-vous fait ? Misère ! Vous l’avez tenue dans vos bras !

– Tu as raison, répond le maître. Mais moi, je l’ai posée sur le bord de la rivière. Toi, mon fils, tu la portes encore.

( d’après Henri GOUGAUD, Petits contes de sagesse pour temps turbulents).

Auteur : Sylvie Pronost

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